Cette année, l’association Citoyenneté Jeunesse s’associe à Fumigène pour mener une résidence de journalistes au collège Lenain de Tillemont, à Montreuil. Le projet est né d’une volonté commune : porter un regard juste et positif sur les banlieues, souvent décriées dans les médias traditionnels. En adressant cette résidence à une classe de 4ème, l’idée est de susciter ce même besoin chez les élèves. Pour qu’ils mesurent la nécessité de s’exprimer, de (re)prendre la parole. À propos de leur territoire. À propos d’eux-mêmes. Parler pour ne plus “être parlé”.

 

Choquée et attristée par les polémiques autour de l’islamophobie qui ont marqué l’année 2020, Nesrine a souhaité enquêter sur le sujet. Marquée par les images de liesse qui ont ponctué la manifestation contre l’islamophobie du 10 novembre 2019, Nesrine s’est donc rapprochée de Nora Hamadi, l’une des instigatrices de la tribune contre l’islamophobie aux origines de ladite manifestation.

Journaliste politique et rédactrice en chef de Fumigène, Nora Hamadi a répondu aux questions de la jeune fille qui s’est intéressée au processus mis en en place en amont de la marche. 

Un entretien aux allures de transmission intergénérationnelle, retranscrit sous la plume de Nesrine.

 

On se souvient des images de cette maman qui a accompagné une classe en région Bourgogne Franche Comté, au Conseil Régional. Elle porte le voile et devant son fils elle est interpellée par un élu du Front National qui lui demande de quitter la salle. 

Là tout est repris par les réseaux sociaux, et la polémique enfle. On voit sur la photo qui circule son fils qui pleure dans ses bras alors que sa mère vient d’être humiliée. De ces images choquantes, nous est venue l’idée de rédiger une tribune, signée par cinquante personnalités et publiée dans le journal Libération.

On s’est dit que c’était très violent: les discours de haine sont relayés à la fois sur les réseaux sociaux, dans les médias à la télévision ou en radio par des personnes qui chosifient les femmes comme si elles n’avaient pas d’existence propre, comme si elles étaient juste des bouts de tissus. C’est vraiment dangereux, on ne pouvait pas laisser passer ça sachant que, c’est quand même d’une violence rare de s’attaquer comme ça à une partie de la population française. Ça ne fait qu’alimenter le rejet et la radicalité des deux camps. 

Pour revenir à ce qui s’est passé en Bourgogne, l’humiliation subie par un enfant de 13\14 ans qui voit sa mère humiliée parce qu’elle porte le voile, c’est quelque chose qui est dangereux pour le développement de ce garçon, pour la manière dont il peut se représenter en tant que français, en tant que participant à la communauté nationale.  Cette humiliation là, il ne l’oubliera jamais. En tant qu’adolescent, durant un tel moment d’humiliation et de violence, tu ne peux pas te sentir citoyen pleinement francais, tu ne peux pas te sentir accueilli comme français. On renvoie a la face de sa mère qu’elle n’est pas digne d’être la.

Le niveau de haine anti-musulman est tel, l’islamophobie est telle, qu’on ne peut pas rester sans rien faire, il fallait qu’on sonne la fin de la « récréation ».  Cette tribune a permis qu’on mette en débat l’islamophobie. Parmi les femmes qui portent le foulard, 60 % déclarent avoir été agressées ou avoir subi des discriminations. Je dois avouer qu’en écrivant cette tribune, on n’a pas imaginé la caisse de résonnance que ça allait être.

De mon côté, j’ai fait plusieurs interventions dans les médias, on a été plusieurs à faire ce qu’on appelle « le service après-vente de la tribune ». Dans la foulée il y a un collectif qui s’est organisé mais qui est cette fois-ci porté par des acteurs et actrices associatifs, notamment dans les quartiers populaires… Je ne suis pas à l’origine de l’appel à manifester mais je l’ai signé, et je suis évidemment allée marcher contre l’islamophobie.”


 

Manifestation contre l’Islamophobie du 10 Novembre 2019 – © NnoMan

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