Lyrics : Peggy Derder

 

Remembeur, géniale association culturelle et d’éducation populaire, met en valeur depuis plusieurs années par l’humour, par la création visuelle et de beaux événements culturels et le patrimoine de l’immigration et des cultures urbaines en France. Aujourd’hui, Remembeur ose lancer le premier festival d’humour antiraciste ! Il aura lieu du 18 au 20 décembre 2019 à La Courneuve. Fumigènemag est fier d’être partenaire de l’événement ! Entretien avec Naima Yahi, historienne, directrice de Remembeur, qui travaille en coulisses pour vous accueillir ! 

 

– Pourquoi ce festival ? 

Notre association Remembeur a pour objectifs entre autres la lutte contre le racisme et les discriminations, mais aussi la promotion d’une histoire de l’immigration. Il nous a semblé très pertinent de mobiliser l’humour, déjà dans l’ADN de notre association, comme outil d’éducation populaire et de création culturelle. Ce festival, une première, ambitionne de remettre la banlieue, en particulier la Seine-Saint-Denis, au premier plan pour prendre la parole contre les discriminations et avec humour en plus !  Il s’agit aussi pour nous de réfléchir aux stéréotypes et aux caricatures véhiculés par l’humour en France depuis les années 1960 et de mieux les déconstruire pour lutter contre le racisme et les discriminations. 

– L’humour a souvent représenté les personnes issues de l’immigration et/ou des quartiers populaires de manière très stéréotypée voire raciste… y compris de la part d’humoristes eux-mêmes concernés…

C’est tout le paradoxe… Le célèbre aphorisme qui dit que « l’on peut rire de tout mais pas avec n’importe qui » traverse notre analyse. Dans l’exposition « Eclats de rire ! » visible à la Maison de la Citoyenneté de la Courneuve jusqu’au 10 janvier 2020, nous analysons certains sketchs cultes qui vont être tantôt perçus comme d’inspiration antiraciste, tantôt perçus comme discriminatoires. C’est toute l’ambiguïté de la caricature qui habite l’humour français et donne à réfléchir sur l’époque, les références et le contexte de ces blagues, de ces vannes, qui parfois vieillissent très mal.  Ces sketchs nous disent le peu de cas qui est fait des ravages de certains stéréotypes : les accents réels ou supposés, l’accoutrement… voire les « Blackfaces » qui aujourd’hui défrayent la chronique. L’arrivée sur les scènes du Stand-up d’humoristes issus de l’immigration et/ou des quartiers populaires décale simplement la focale sur le thème de l’autodérision mais maintient un certain nombre de stéréotypes, voire de préjugés sur les minorités ethniques, sans parler d’autres minorités du fait de l’orientation sexuelle, du genre, ou du handicap entre autres… On assiste cependant aujourd’hui à une évolution des pratiques et une véritable réflexion sur le poids des caricatures sur lesdites minorités. Certains artistes désormais prennent soin de dénoncer ces caricatures avec humour et ont un propos engagé contre toute forme de discrimination. On peut citer par exemple Réda Seddiki, Haroun, Blanche Gardin ou Kevin Razy qui ont pris ce tournant.  

– La programmation fait la part belle au stand-up. Ça reste une valeur sûre ? 

Oui notamment auprès des plus jeunes, plus friands de ce type de spectacles, rythmés par des rafales de vannes, usant des codes et d’un phrasé emprunté au hip-hop et aux cultures urbaines. Le succès fulgurant de la génération du Jamel Comedy Club et la multiplication des scènes de stand-up, notamment en Île-de-France, témoignent de cet engouement. C’est pour nous un outil d’éducation populaire qui nous permet par l’entremise du comédien et humoriste Réda Seddiki d’accompagner 13 jeunes Courneuviens dans l’écriture, le jeu de scène puis le spectacle qui sera à l’affiche de notre soirée de stand-up du 20 décembre. 

– Et en plus, vous avez un parrain et une marraine formidables !

Oui, quelle chance pour cette première édition d’être accompagnés par la comédienne Sabrina Ouazani, enfant de la Courneuve, qui truste aujourd’hui le box-office, révélé par le film « L’Esquive » d’Abdelatif Kechiche et le comédien et réalisateur Lyes Salem, également à l’affiche en ce moment dans de beaux films d’auteur quand il n’est pas lui-même à la réalisation. Ils ont accepté tout de suite et avec joie d’accompagner cette première promotion de jeunes humoristes pour cette première du festival et seront présents pour partager leur monter sur scène ce vendredi. On vous attend nombreux pour partager ce grand moment !