Lyrics : Raphäl Yem

Une bande dessinée 100% Hip-Hop vient bousculer les étagères de nos librairies : ça s’appelle Break, ça raconte l’histoire d’Aaron et Marcus, deux gamins du South Bronx des années 70, qui vont découvrir et grandir avec le Mouvement, de la danse au graffiti en passant par les block parties. Ce ne sont pas des Cainris qui ont signé cette histoire très documentée, mais bien deux Français : Cédric Liano et Florian Ledoux, aujourd’hui installés à Angoulême. On a posé 3 questions à ce dernier avant de nous jeter sur ce livre, qui annonce une jolie série.

 

Comment vous avez eu l’idée de raconter cette histoire ?

L’Amour du Hip Hop, avec un grand A. Passionné depuis l’adolescence, j’ai été marqué par ce mouvement. J’ai grandi à Amiens et dans les années 90 il y avait une petite scène Hip Hop assez dynamique : des groupes de rap, des graffeurs… Tout cela m’a inspiré, m’a permis de me construire. Autre passion, le dessin et la bande dessinée. C’est grâce à elle que j’ai rencontré Cédric (co-auteur) sur les bancs du Lycée et que l’idée de travailler sur un projet ensemble a germé. Cédric a une formation purement BD et surtout on a pu bénéficier de son expérience car il a édité un premier ouvrage- Amazigh, itinéraire d’hommes libres – qui raconte l’histoire vraie d’un jeune marocain qui entreprend la traversée vers l’Europe. Ensemble, nous nous lançons dans BREAK, une histoire du Hip-Hop.

 

C’est archi bien documenté ! 

Merci ! Nous avons fait un gros travail de documentation notamment avec le livre de Jeff Chang, Can’t stop, won’t stop. C’est un livre qui raconte la genèse du Hip-Hop en mettant l’accent sur le volet politique et social de la société américaine de cette époque-là. Les références sont hyper pointues ! Côté graffiti, le travail de Henry Chalfan et Martha Cooper avec Subway Art est une oeuvre magistrale mettant en lumière les graffitis des années 70/80 dans le métro New Yorkais.

 

 

Dans l’univers des séries, des livres, des disques, qu’est-ce qui vous a inspiré ? 

C’est dur de ne citer que quelques références tellement elles sont nombreuses mais je peux déjà te parler de mes deux films favoris Il était une fois le Bronx et Menace to society. Ils sont un véritable chef d’œuvre tant au niveau de la réalisation, du scénario que de la narration… Côté musique, avec Cédric on s’est replongé dans les playlists old-school pour se mettre dans l’ambiance : James Brown, Nina Simone (« To be young, gifted and black« ), Gil Scoot-Heron (« The Revolution will not be televised« ) ou encore l’incontournable Incredible Bongo Band qui ont été des piliers dans l’histoire de la musique noire américaine. Actuellement, ce sont des artistes comme Kendrick Lamar et J. Cole qui m’inspirent beaucoup.

C’est toujours une galère de filmer, de photographier, voire de dessiner le b-boying. Quelles précautions avez-vous prises avant de vous lancer ? 

C’était un pari de pouvoir représenter des mouvements de danse sur une planche de bande dessinée : on ne voulait surtout pas de quelque chose de figé. On a essayé respecter le plus possible les posing, la technique mais surtout, à travers nos traits de crayon, la créativité, la liberté, l’impro et la formidable énergie qui se dégagent des danseurs Hip-Hop. 

 

Vous êtes installés à Angoulême, loin de Châtelet-les Halles, de Stalingrad, de la banlieue parisienne, sources du Hip Hop en France : il fallait prendre ce recul ? 

Haha ! Même à Angoulême il y a une touche de Hip Hop aujourd’hui. Le Hip Hop est partout et l’accès à cette culture n’est plus réservé qu’aux franciliens. J’ai vécu plus de 10 ans à Paris, dans le 19ème arrondissement (Belleville puis Stalingrad). C’est vrai que l’énergie Hip-Hop là bas est dingue ! Si je devais parler de recul, je dirais plutôt que j’avais besoin de plus d’espace et de calme pour pouvoir créer justement. Après, c’est aussi et avant tout un choix familial …

Cette histoire se passe aux Etats unis, vous auriez pu l’écrire en France ?

Dans un premier temps, c’est ce que nous voulions faire, mais cette idée n’a pas retenu l’attention des éditeurs… peut être étaient-ils encore un peu frileux pour parler du Hip Hop, des banlieues, etc. La culture Hip Hop a beau être majeure en France et partagée par beaucoup, elle n’est encore que peu représentée dans les médias dominants. Aborder le Hip Hop par le biais de son histoire, ses origines – dans le Bronx aux Etats-Unis -, a permis de mettre une certaine distance je pense. BREAK est la première BD de création française qui parle de Hip Hop : c’est une petite porte qui s’ouvre et on espère que ce ne sera pas la dernière !