Il est l’une des têtes d’affiche du festival Origines contrôlées du Tactikollectif, à Toulouse : textes ciselés, engagés, jouant sur les figures de styles, les images et les sons. Funambule de la prose et de la scène, son verbe, son flow et sa générosité ont enflammé la salle Ernest Renan, aux Izards.

Lyrics : Nora Hamadi

Photo : Julien Pitinome 

 

 

Ce n’est pas ta première participation au Festival Origines contrôlées. Pourquoi cette fidélité ?

 

C’est un festival particulier pour moi ! Effectivement, ça fait plusieurs fois que je travaille avec eux. Déjà, être programmé, puis reprogrammé est toujours bon signe, mais ici, à Toulouse, il y a toujours cette petite ferveur, parce qu’on vient de loin, parce que les gens kiffent.

Je suis d’origine lyonnaise, mais je vis à Paris depuis quelques années pour la musique, pour la vie. Mais on bouge beaucoup, tout le temps. Après tout, c’est juste le point de départ de la gare qui a changé, mais on est toujours content de revenir à Toulouse.

Et puis c’est un festival engagé, une manifestation culturelle, avec des sets, des débats, des rencontres, mais surtout c’est positif ! On n’est pas obligé de dire que c’est la merde ! Et là, grâce au Tactikollectif et Origines contrôlées, on est là pour dire qu’on existe, on écoute de la musique, on croise des artistes, on participe à des tables-rondes… C’est comme ça que plusieurs cercles se mélangent, on se rencontre, on se rassemble tous, et on est plus forts ! On est forcément plus forts tous ensemble que chacun derrière son Youtube ! 

En plus, cette année, on le fait au milieu du quartier des Izards. Tout ça a du sens.

 

 

Ce festival fait aussi écho à tes textes, engagés ?

 

Je me sens comme un poisson dans l’eau ! Ça me plait, ça a tellement de sens pour moi. Il n’y a que du positif dans ce genre d’association : on réfléchit tous collectivement et ça ne peut que produire du mieux !

C’est vrai, mes textes sont aussi engagés. J’essaye de placer quelques références politiques, sociales, sociétales, parce que ça me tient à cœur de raconter ce que j’ai vécu, ce qui m’a marqué. Mais au-delà de ma petite histoire personnelle, toutes les expériences sont potentiellement universelles. Dans un texte de rap, l’impact de la petite histoire est fondamental. Quitte à peindre un tableau, autant que ça raconte une histoire : C’est comme un gag sans chute ! Si je ne faisais que de la rime riche, sans fond, ce serait comme n’avoir que l’emballage d’un bonbon ! Je préfère qu’un mec fasse des fautes de français de ouf, mais qu’il me raconte une histoire qui tue, que le type qui va me faire du Shakespeare mais qui ne fait rien résonner chez moi !

 

Pourquoi est-il important pour toi de porter cette dimension politique, ces tableaux du réel dans tes textes ?

 

C’est tellement important ! On ne peut pas toujours tout foutre sous le tapis et ne parler de nous que quand c’est la merde ! La crise, la violence, la drogue, la police ! Dans nos quartiers, il y a de la vie, les gens rigolent, de belles choses se passent ! Il ne faut pas enfermer les gens dans ce mal être ! Ça les bouffe littéralement !

 

Fabe disait : « Il y a tellement de frères qui souffrent et qui sont muets que je suis obligé de causer »

(« Classique » dans l’album « Détournement de son » sorti en 1998. NDLR).

 

Ça résume tout ! C’est logique qu’on prenne cette parole pour faire exister cette réalité là. Il faut aussi qu’on puisse s’extraire de ces quartiers dans lesquels on nous enferme. On ne peut plus faire des albums comme avant avec une chanson sur la police, une chanson sur la cité… On est sorti de là !

 

 

 

 

Ta plume, tes lyrics sont profondément poétiques. On sent les influences des grand.e.s de la chanson françaises comme Brel, Brassens ou Barbara.

 

Je suis trop content que t’ais capté ça, parce que j’ai tellement écouté des Brassens, des Bashung. C’est vrai que j’essaie de m’éloigner du rap avec batterie, parce qu’il y a tellement d’albums qui tabassent aujourd’hui ! Je cherchais quelque chose entre le parlé et le chanté, comme le fait si bien Gainsbourg. C’est un phrasé qui me plait.

Il faut se rendre compte que les grands ont tous écouté du Aznavour, du Renaud… Quand tu leur mets Radio Nostalgie, ils connaissent tout par cœur ! C’est notre culture et avoir deux cultures c’est toujours mieux qu’une seule.

Renaud rappe, Brassens rappe ! Quand tu analyses leurs textes, ce rapprochement est évident dans le quadrillage rythmique, dans la manière dont les mots sont posés ! En fait, c’est facile de prendre un poème et d’en faire un rap ! C’est tellement la même chose.

 

Ton précédent album, « Je vous salis ma rue », est sorti en 2015. Quand peut-on espérer un second opus ?

 

Je prends grave mon temps. Mais il sortira en 2020 ! J’aurais pris 5 ans parce que je ne voulais pas bâcler l’exercice. Dans cette génération de vite fait, de fast food, je voulais dire aux gens : « J’ai pris le temps de faire ça bien, alors je n’ai pas fait ça vite ».

Et puis depuis 2015, j’ai aussi fait une tournée, qui, pour la première fois, accompagnait un album, alors que jusque-là j’étais en mode impro, avec un set différent chaque fois. Là, j’ai vraiment travaillé l’univers de la scène, avec l’objectif que le public reparte avec un smile, qu’il chante et se dise en partant « c’était du rap ? ».

 

Tu animes des ateliers d’écriture aussi depuis quelques années. Pourquoi t’es-tu lancé dans cette aventure ?

 

Je kiffe à fond ! J’aurais aimé qu’on m’apprenne cette méthode là. J’avais des savoirs, des techniques, mais j’ai aussi dû apprendre à transmettre. Je donne autant que je reçois. J’aime beaucoup l’idée de planter des graines dans la tête des gens, de créer des forêts de savoir. Après, c’est à eux d’arroser ces graines, mais je peux, peut-être, espérer que ces arbres que j’ai plantés seront là bien après moi. C’est la plus belle idée de bonheur ajouté !

Je ne peux rien laisser de mieux…