Lyrics Peggy Derder – Photo NnoMan

 

C’est une année après sa mort, que nous découvrons « Je suis Africain », l’ultime album de Rachid Taha. Dix titres qui lui ressemblent et qui confirment à quel point il manquera à la musique. Loin d’être un album posthume bricolé à la va-vite pour satisfaire les fans, c’est bien une œuvre inédite de Rachid Taha vivant qui nous est offerte. L’héritage est d’autant plus beau. Comme l’affirme son fils Lyes Taha : « Nous ferons en sorte que ton message perdure et que l’on danse longtemps sur ces mots célébrant notre humanité partagée ».

Le titre éponyme tourne depuis quelques semaines déjà et nous fait chanter et danser sur cette ode à l’africanité bienvenue : « Je suis Africain – Africain du Nord au Sud (…) De New York au Congo (…) Dieu a la même peau ». Les neuf autres titres sont tout aussi enthousiasmants et reflètent les univers complexes et la créativité de Rachid Taha. 

Crooner aux airs tsiganes sur le malicieux « Minouche ». Définitivement punk sur « Andy Waloo ». Héritier du chaabi encore et toujours. Rocker qui ne se prend pas au sérieux sur « Like a dervish » : « This is my first song in English – Woula woula je sais qu’ je triche – My English is not so rich ». Maître mariachi sur l’impeccable « Insomnia » qu’on sifflotera longtemps. Amoureux sur un « Happy end » tout en cordes qui vient clore l’album « Elif shouftouk abli matchoufek ainiya – Anti oumri anti hayati » (« Je t’ai vue avant que mes yeux te voient – Tu es ma vie, tu es mon amour »).

 

 

Rachid Taha ne joue pas seulement avec les styles en les faisant siens, il parsème ses textes de références aux grandes figures : Aimé Césaire, Lou Reed, Angela Davis, Brian Eno, Khalil Gibran ou La Kahina entre autres ; nous transmettant ainsi son panthéon intellectuel personnel.

Toujours bien accompagné, Rachid Taha s’est entouré de musiciens qui servent superbement chaque titre comme Lassana Diabaté au balafon et le fidèle et talentueux Hakim Hamadouche derrière la mandole, le banjo et en backing vocals. 

Tous ces bijoux ont été ciselés en home studios avec Toma Feterman, chanteur et leader de La Caravane passe et de Soviet Suprem, qui comme Rachid Taha métisse avec brio tout ce qu’il touche.

On se surprend à les imaginer tous ensemble sur scène, mais ça n’arrivera pas. 

A ce titre, la chanson Aïta est bouleversante. Elle boucle la boucle de la reprise tubesque de Ya Rayah de Dahmane El Harrachi (1998) et nous apporte une réponse définitive : « Que de peuples sont partis, Ils se sont enfuis. Aïta nass, Aïta nass, Aïta nass – A l’étranger – Et moi aussi je ne reviendrai pas ». 

Mais tu es toujours avec nous.