Reportage : Yanis Graine

 

Vendredi 19 juillet dernier. Cʼest la finale de la Coupe d’Afrique des Nations. LʼAlgérie sʼimpose face au Sénégal et dans les rues de Rouen, cʼest lʼeffervescence. 

Environ une heure avant le coup d’envoi ,à quelques kilomètres de là, à Canteleu, le Docteur Mamoudou Barry, 31 ans, universitaire dʼorigine guinéenne, et père de deux enfants, est roué de coups par un homme qui lui jette à la figure : « Vous, les noirs, on va vous niquer ce soir ». 

Mamoudou Barry décèdera le lendemain à lʼhôpital.

 

Toute la classe politique s’empresse alors de réagir, sur Twitter notamment, faisant à tout-va un lien entre la CAN, les Algérien·nes, et lʼagresseur présumé retrouvé par la police. 

Or, il sʼavère que ce dernier nʼest nullement Algérien, et qu’il est connu pour de lourds antécédents psychiatriques nécessitant une curatelle renforcée. 

Ce samedi 27 juillet, plusieurs marches blanches ont été organisées un peu partout en France (notamment à Rouen et Paris), jusquʼen Guinée-Konakry, pour exiger que toute la lumière soit faite rapidement sur ce drame, et que justice soit rendue à Mamoudou Barry. 

A Paris, plus dʼun millier de personnes ont défilé derrière une banderole « Halte au Racisme – Justice pour Docteur Mamoudou Barry ». La marche, organisée par des proches du docteur et très encadrée par SOS Racisme, qui s’est portée partie civile dans cette affaire – et en présence de Dominique Sopo – était censée être une marche silencieuse. Mais très vite, lʼindignation des personnes présentes dans le cortège a prit le dessus. Peu à peu, chacun·e exprime son ras-le-bol dʼune négrophobie éhontée, impunie, et sans couleur. On entend alors des slogans se répandre petit à petit sur toutes les lèvres, y compris celles des enfants des soutiens venus en famille : « Justice pour Barry », « Halte à la négrophobie » et autres « Plus jamais ça ». 

Le cortège, parti de Gare du Nord, arrive Place de la Bastille sans encombres, mais accablé d’un sentiment de frustration qui mâtine toutes les luttes actuelles contre la négrophobie en France. De nombreux militants présents dénoncent largement le laxisme de l’Etat Français face aux discours de haine. Des discours qui tuent.