Lyrics et Photos Alexandra Quarini 

Une centaine d’habitants déterminés à transmettre un message de paix ont marché entre Villeneuve-la-Garenne et I’Île-Saint-Denis ce samedi 29 Septembre. Une marche organisée à l’initiative des familles de victimes des affrontements qui se multiplient entre les deux communes. Deux semaines auparavant, un jeune de 15 ans tombait dans le coma après avoir été passé à tabac.


« STOP !! ça suffit on n’en peut plus » Mme Diaby prend la parole en public pour la première fois, avec l’espoir que cette marche, dont elle est une des initiatrices, puisse faire changer les choses. Autour d’elle, une centaine d’habitants des communes de l’Île-Saint-Denis et de Villeneuve-La-Garenne venus apporter leur soutien, et montrer leur solidarité : « Maintenant les gens ont peur d’aller d’une commune à l’autre, ce n’est pas normal ».

Au cours de l’été, un de ses fils a lui aussi été victime de ces violences. Il été tabassé avant de tomber dans le coma en tentant de s’interposer entre deux groupes de jeunes. Elle précise : « d’habitude c’est moi qui le fais. On m’appelle « la folle » parce que moi je m’en fiche je descends en boubou je me mets au milieu et je crie « allez-y » Mais là je n’étais pas là… » Depuis, son fils a pu reprendre le travail mais refuse de revenir sur cet évènement. Elle, elle vit dans la peur d’éventuelles séquelles qui pourraient survenir sur sa santé à long terme. « Il a été recousu de partout. Ils lui ont ouvert la tête au couteau après l’avoir cogné avec des barres ».

Des pratiques ultra violentes décrites aussi par Adé. Cette mère de famille a été l’élément déclencheur de la marche. Une semaine auparavant, son fils de 19 ans a été poursuivi par des jeunes de la commune voisine « cagoulés, avec des barres de fer. Ils étaient équipés pour tuer » dit-elle le regard sombre. Après avoir réussi à se réfugier chez des voisins, c’est quand son fils lui raconte la scène qu’elle décide de passer à l’action. Elle contacte l’association « femme de l’Île » « Moi je voulais faire la marche le jour même, mais on m’a expliqué qu’il fallait du temps pour s’organiser ».

La mère du jeune de Villeneuve-la-Garenne blessé mi-septembre a répondu à l’appel, son fils est sorti du coma depuis, mais elle reste sous le choc. Venue accompagnée de la tante du garçon et d’élus de la ville, elle incarne un symbole d’unité défendu par Mme Diaby « nous sommes frères et sœurs, nous sommes voisins. Si seulement les jeunes pouvaient nous écouter… ». Quelques mètres plus loin, certains d’entre eux regardent la scène.

Pour ceux qui tentent de les raisonner, c’est une tâche vaine, mais qu’il faut tout de même assurer. Henri Pernot, l’adjoint au maire de l’Île-Saint-Denis connaît bien la commune pour y avoir grandi. Et le concède : plus jeune, j’ai été comme eux. A mon époque, il y avait des bagarres, mais quand un jeune tombait dans le coma, il y avait une prise de conscience, là, il n’y a plus de respect. J’ai un petit frère, je lui parle, mon père lui parle. « Ça ne sert à rien » intervient un habitant, « il faut quand même le faire. Parce que si quelque chose de grave se passe, tu te diras : ça aurait pu être évité ».

Une responsabilité soulignée par Mohamed Gnabaly, Maire de la commune « Nous assistons à des multiplications de violences dans toute la France, de Saint Denis à Grenoble en passant par Angoulême. C’est en tant que père et mère que nous pouvons dire stop à cette violence. Nous sommes les premiers responsables de leur éducation. Nous devons être fiers et heureux de vivre sur ce territoire auquel nous sommes attachés ».

Ce territoire, Lorette, co-présidente de l’association les Femmes de l’Isle y est attachée aussi, mais elle le rappelle, la commune compte beaucoup de familles monoparentales parfois démunies. Au quotidien, elle œuvre dans ce quartier où la plupart se connaissent et s’entraident.

C’est aussi le message que veut porter Éric Coquerel, député de la France Insoumise pour qui « cette marche donne la vision la plus réaliste de ce que sont nos communes et nos départements. Il ne faut pas oublier qu’il y a tout au long de l’année de la fraternité et aussi du savoir vivre ensemble pas si courant ailleurs. Ces phénomènes de violence ne sont pas nouveaux, mais cela prend une tournure de violence extrême. Les jeunes ici ne sont pas différents d’ailleurs. S’il y a des violences plus importantes, c’est parce qu’ils sont dans des situations de précarité, d’éducation et de prévention qui ne sont pas égales par rapport à ce qui se passe sur le reste du territoire. Et ça, c’est la responsabilité de l’Etat et des pouvoirs publics ».

La foule dispersée sur la petite place à côté de l’hôtel de ville de l’Isle-Saint-Denis, Mme Diaby rentre chez elle accompagnée de sa fille. « Bon courage » lui dit-on, « Non, souhaitez-nous bonne chance » répond-elle le regard vif.