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Cela fait deux mois que la Marche solidaire co-organisée par l’association l’Auberge des migrants et Roya citoyenne a débuté à Vintimille (Italie). Après presque 1400 km parcourus j’ai décidé de rejoindre l’action qui passait à travers ma région  : les Hauts-de-France.

J’ai donc pu partager trois étapes sur soixante avec les marcheurs solidaires. J’ai voulu documenter personnellement un échantillon de cette initiative portée par un ensemble de bénévoles engagés et acharnés, avec comme figures de proue l’inépuisable couple fondateur de l’auberge des migrants à Calais  : François Guennoc et son épouse Maya.

La Marche est notamment passée à proximité de l’ancienne «  Jungle  » en apportant son enthousiasme sur un lieu symbolique de la situation des réfugiés et migrants en France. Lieu dramatique également que l’Etat a invisibilisé avec son démantèlement en octobre 2016. Avec cette politique, le gouvernement précédent a empiré les conditions de vie déplorables des migrants qu’on a pu voir harcelés l’hiver dernier par les forces de l’ordre. Des témoignages rapportés par les militants associatifs présents sur place font part de tentes détruites, de sacs de couchage aspergés avec de l’eau ou encore la contamination de réservoirs d’eau avec du gaz lacrymogène. L’objectif est de rendre invivable le quotidien déjà épouvantable de ces populations en danger pour encourager leur «  auto-expulsion  » (un concept né aux Etats-Unis pour affronter l’immigration clandestine que relève Éric Fassin pour décrire l’action de l’Etat français contre les populations Roms).

Ce gouvernement de la misère par l’inaction, la répression et la dissimulation n’est pourtant pas la solution unique à un problème humanitaire dont Damien Carême, maire de Grande-Synthe, s’est saisi, nonobstant les réticences des gouvernements successifs. Il a ouvert le premier espace humanitaire pour réfugiés en France avec Médecins Sans Frontières  : le camp de la Linière. Damien Carême a rejoint la marche en amont de son arrivée dans sa commune où les Marcheurs solidaires ont marqué une halte, accueillis avec enthousiasme par les habitants et militants associatifs grand-synthois.

Néanmoins, l’acharnement punitif s’est manifesté à nouveau le dimanche 8 juillet à Calais lors du départ de la Marche pour sa destination finale outre-manche. Sur les 54 Marcheurs allant embarquer sur un ferry, 22 ont été arrêtés par la police aux frontières. Tous sont membres du Collectif Sans Papiers 75 et marchaient depuis deux semaines depuis Paris. D’abord détenus à Coquelles, où 17 ont été libérés, dont 7 avec des OQTF (Obligation de quitter le territoire français), 5 sont encore retenus au CRA (Centre de rétention administrative) de Lesquin. En somme, cet événement vient marquer un point d’orgue sur la partition des réalités clandestines sujettes d’une violence coutumière.