Lyrics : Sloane, Cindie, Malakeh, Baptiste – Photo : Nora

 [Depuis plusieurs années un groupe de jeunes de Nevers, issu de plusieurs quartiers de la ville font parti d’un atelier « journalisme et droits humains ». Dans ce cadre, accompagnés de jeunes allemands, ils effectuent un voyage en Bulgarie, où ils travaillent sur les discriminations dont sont victimes les roms, et les relations entre les nombreuses minorités du pays.]

Nous sommes un groupe de douze jeunes français et allemands partis en voyage en Bulgarie pour une durée de quatre jours, plus précisément à Plovdiv, deuxième ville du pays, afin de soulever la question du droit des minorités. Nous avions l’intention de connaitre les différentes communautés existantes au sein de cette ville, leur condition de vie et leur inclusion. Plovdiv étant une des plus anciennes villes d’Europe, datant de -4000 avant J.C, et au carrefour de l’Orient, de l’Asie et de l’Europe, elle a connu différentes vagues migratoires au cours des siècles, d’où la présence de différents groupes ethniques ou religieux.

         Nous avons d’abord visité le centre culturel Juif de Plovdiv, où nous avons fait la connaissance de Sacha et Annie qui nous ont raconté l’histoire du peuple juif en Bulgarie et expliqué le fonctionnement de leur centre ainsi que la condition des juifs de la ville. Il faut savoir que Plovdiv compte près de 350 000 habitants, dont environ 800 appartiennent à la communauté juive. Ils étaient plusieurs milliers avant la chute de l’URSS, et beaucoup ont quitté le pays après la chute du bloc communiste pour s’installer en Israël. Ce centre, créé en 1945, est un lieu d’apprentissage avec des cours donnés aux habitants sans limites d’âge, mais également de développement culturel à travers la littérature, la musique, le théâtre… C’est aussi un lieu de mémoire : Une exposition retrace la déportation des juifs vers les camps de la mort, mais également l’histoire spécifique des juifs de Bulgarie; 50 000 juifs de Bulgarie ont été sauvés de la déportation par des bulgares qui ont empêché le départ des convois entre 1943 et 1945. Cet espace est également un symbole de solidarité et d’échange puisqu’il accueille divers groupes ethniques tels que les communautés turque et arménienne afin de célébrer leurs traditions religieuses respectives.

Nous en avons eu le parfait exemple ce jour avec les « martenista » que Sacha et Annie nous ont offert. Ce sont des bracelets rouge et blanc que les Bulgares portent le 1er mars de chaque année, et qui selon la tradition apporte prospérité et bonne santé.

Il faut également savoir que les livres non russes ont été autrefois interdits en Bulgarie, d’où l’importance de la dimension culturelle du centre. Ce dernier a fait parti d’un programme d’échange mondial en 2010 grâce auquel cet espace a pu bénéficier d’ordinateurs et ainsi mettre en place des cours destinés aux adultes.

Il existe de nombreux centres similaires au sein de la ville de Plovdiv.

         Suite à cette rencontre, nous sommes allés découvrir la ville. À l’issue d’une visite dans les ruelles étroites du vieux quartier de Plovdiv, nous avons décidé d’interviewer des habitants de la ville sur la question des minorités qui y vivent. Le groupe s’est divisé en plusieurs équipes afin de recueillir un maximum de réponses à nos questions. Ces dernières soulevaient l’origine du nom de la ville, les différents groupes ethniques présents et enfin les conditions de vie de la communauté Rom.

Nous étions réticents à l’idée d’aller à la rencontre des passants. Étant des jeunes d’origine d’Afrique subsaharienne, d’Asie et du Moyen-Orient dans une ville où il y en a peu, nous nous sentions dévisagés. Ces appréhensions se sont vite dissipées dès la première approche grâce à un sourire. En effet, à leur contact, nous avons été agréablement surpris par leur gentillesse et leur courtoisie. 

Il a été difficile pour nous de rendre compte de la réalité à cause des nombreuses divergences dans les réponses, plus précisément celles concernant les Roms. Parmi les réponses recueillies, certaines nous confirment la présence dans la ville d’autres groupes ethniques tels que des grecs, macédoniens ou syriens. Néanmoins, plusieurs ont affirmé qu’il y avait peu de roms. À contrario, d’autre ont soutenu leur forte présence et le fait qu’ils soient excentrés. Cette séparation est vraie pour les autres communautés présentes dans ville, il y a division ethnique sous jacente. Ces écarts dans les réponses démontrent que malgré les discours sur le modèle ethnique bulgare, il existe bel et bien une barrière entre les communautés ; elles se connaissent, vivent côte à côte mais semble ne pas vivre ensemble.