Lyrics Alexandra Quarini – Photo Alexandra Quarini et Greg Looping

« C’était il y a deux ans » « J’avais 16 ans » « C’était mon cousin » Des tranches de vies fracturées s’affichent sur des pancartes place de la République à Paris. Arborées par des femmes, de tous âges, de toutes origines, réunies pour dénoncer les violences sexuelles dont elles ont été victimes. Elles sont plus de 1000 à avoir bravé la pluie fine qui s’abat sur Paris pour témoigner « metoo », ou par solidarité « weetogether. ».

Initié sur les réseaux sociaux, le mouvement témoigne de l’ampleur d’un fléau longtemps resté tabou. Une libération de la parole, que Carol Galand, à l’initiative de l’évènement, a voulu prolonger « Dans la vraie vie ». Pour elle, il s’agit de « grignoter peu à peu le droit à exister dans l’espace public ». Mais aussi « parce que tout le monde n’est pas sur les réseaux sociaux. Ma tante par exemple, elle s’est fait violer quand elle avait 19 ans. Elle n’est pas sur Facebook. Et il y a tellement, tellement de femmes qui ont subi ce type d’agissements. Ici, le but c’est de faire masse, qu’il y ait une prise de conscience collective ».

Sur un bout de carton usé, une jeune fille brandit « Nous sommes des millions, nous sommes puissantes ». Un message tout aussi glaçant que salvateur. Pour Somalia, « Libérer la parole, c’est ce qui permettra d’aller de l’avant. Par une rencontre, réelle. Pas seulement virtuelle. Là on a envie de se rassurer entre nous. De se dire qu’effectivement je n’étais pas seule derrière mon ordinateur, qu’on est très nombreuses et nombreux à vouloir faire le chemin ensemble »

Quelques hommes sont effet également présents. Des pères, maris, frères ou fils de victimes. Ou simplement par entraide, ils affichent leurs messages « par solidarité avec les femmes #metoo ». D’autres sont venus spontanément apporter leur soutien, comme des membres de la galerie de street art « Lavo Matik ». Les artistes réalisent des fresques, au milieu de la place. Pour Jocko, l’un deux, « ce n’est pas encore assez. Il faudrait encore plus de monde. C’est un sujet universel qui s’adresse à chacun ».

Des chants, danses, musiques et ateliers de théâtre rythment l’évènement, et permettent à chacune de s’exprimer. Certaines rient, d’autres pleurent, ou passent de l’un à l’autre. Et tout le monde se soutient. « Ouvrir la voix » peut-on lire, c’est ce qui a été entrepris par ces femmes. Car comme elles le dénoncent sur les nombreux messages qui se succèdent : « Le silence tue » et que « la honte doit changer de camp ».

 

 

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