Lyrics Jalal Kahlioui – Photo NnoMan

 

Mise à Jour ( 18 Août 2017 )

Ce 9 août 2017, l’association annonçait sut les réseaux sociaux qu’elles allaient pouvoir embaucher «  On aura des bureaux à Paris, 2 salariées et 3 services civiques ! Alors si tu veux révolutionner le monde avec nous pour permettre à chaque femme d’être elle-même sans peur d’être jugée, discriminée ou violentée, yallah vite postule pour nos missions de services civiques »

Seulement voilà, nous venons d’apprendre que suite à des tweets de la fachosphère et de la droite, l’organisme en charge des services civiques a rapidement cédé à la pression et a tout simplement décidé de supprimer les trois embauches prévues pour septembre.

 

Lallab n’est pas un néologisme. C’est une rébellion. Celle de toute une génération de jeunes femmes menées par la pétillante Sarah Zouak, 27 ans, féministe et musulmane.     

 

Lallab est la contraction de Lalla (qui signifie femme en arabe) et de laboratoire d’idées. Créé en septembre dernier, Lallab est un média alternatif dans lequel on donne la parole aux femmes musulmanes qui ne se reconnaissent pas forcément dans les discours féministes institutionnalisés.

L’aventure Lallab a commencé avec le voyage de Sarah, à l’issue de ses études, qui décide de parcourir les pays musulmans pour voir comment les musulmanes pouvaient associer féminisme et religion. Alors qu’elle était étudiante à l’Iris, la jeune femme planche sur la place de la femme musulmane, notamment en France, pour son mémoire, et c’est à ce moment -là qu’elle décide de prendre une année pour parcourir une partie du monde musulman. Le Maroc, la Tunisie, la Turquie, l’Iran et l’Indonésie, telles ont été les étapes de ce tour du monde. De ce voyage, Sarah tire une série documentaire (WomenSense : Tour in Muslim Countries) de cinq films pour chaque pays, autour de vingt cinq femmes d’exception qui prouvent au monde entier la connexion possible entre Islam et féminisme.       

Là, dans le centre culturel d’Aragon-­Triolet d’Orly, Sarah et Justine Devillaine (co-réalisatrice du film) racontent et expliquent la démarche Lallab à un public composé d’étudiantes, de mères de famille, mais aussi de féministes pas forcément convaincues au départ, mais qui finissent par comprendre le combat de cette génération qui ne s’identifie pas au féminisme proposé entre autres, par les Femen. « Nous ne voulons pas forcer les gens à penser comme nous, mais notre initiative est une porte d’entrée pour amener la réflexion. Et c’est peu dire si en France, il y a beaucoup de choses à changer concernant notre regard sur les femmes musulmanes », argumente Justine face à un auditoire quasi conquis, qui n’hésite pas à poser des questions ou à remercier la prise de risque des deux jeunes femmes. « Je me voyais souvent comme une exception, mais grâce à vous, j’ai pu voir que des femmes musulmanes, pouvaient tout aussi bien prendre le pouvoir et assumer pleinement leur identité » pouvait-­on entendre au micro, pris par une jeune étudiante présente dans la salle et inscrite en classe préparatoire aux grandes écoles.

Mais si aujourd’hui, Sarah et Justine enchainent les dates de tournée, tout n’a pas été si facile dans l’aventure Lallab. « On nous a quand même refusé l’ouverture d’un compte en banque, sous prétexte que l’association traitait de la question de l’Islam », rappelle froidement Sarah, consciente du parcours du combattant qu’il reste à parcourir. Mais malgré les clichés, les questions parfois maladroites des journalistes, Sarah ne tremble pas d’un Iota, et continue de tracer sa route, assumant parfaitement sa position de jeune musulmane…. Avec aujourd’hui plusieurs dizaines de bénévoles et d’auteurs, Lallab est en marche pour constituer un élément à part entière du traitement médiatique des musulmanes en France. Le but : devenir la référence francophone sur la question.