Lyrics Raphäl Yem – Photo Barrere & Simon

Elle est dangereuse. Parce que très drôle. Et engagée. Celle qui a joué avec succès La lesbienne invisible, assimilée bobo pour mieux griffer sa communauté dans tous les sens, dans son nouveau spectacle Chatons violents. Si vous ne savez pas qui sont les BBB, cette interview va vous éclairer.

D’où tu viens OcéaneRoseMarie ?

De Paris centre, à l’époque où le Marais était encore « hypeeeer populaiiiire* » (*NDLR : prononcer avec un fort accent parisien)

Te considères-tu comme une artiste engagée ?

Oui, dans le sens où mes spectacles tentent de déconstruire des clichés et où l’humour est pour moi une arme de lutte contre les discriminations.

En quoi te reconnais-tu dans le combat contre les discriminations ?

J’ai d’abord fait un spectacle, La Lesbienne Invisible, qui pointait « l’homophobie bienveillante » soit tous les clichés auxquels on est confronté en tant que lesbienne. C’était une façon de faire réfléchir les gens tout en les faisant rire, en les confrontant à des phrases qu’ils avaient forcément sorti une fois dans leur vie ! Et aussi en proposant un spectacle identifiant, joyeux et positif aux lesbiennes, pour sortir de la représentation victimaire. Dans mon nouveau spectacle Chatons Violents, je parle du privilège Blanc, du communautarisme qu’on trouve dans les élites de Gauche. Etant moi même issue d’un milieu qu’on peut qualifier de « gauche caviar » comme on disait dans les années 90, je m’inscris dans le combat contre les discriminations en essayant de faire comprendre à ma communauté que le blanc est aussi une couleur et que nous aussi nous faisons des « replis communautaires » !

Quel sentiment as-tu vis à vis de la banlieue ?

J’ai le sentiment qu’on nous balance toujours les mêmes clichés dès qu’on allume la télé. A chaque fois que je discute avec des amis qui vivent ou ont vécu en banlieue, je me rends compte du décalage hallucinant qu’il y a entre la réalité et l’image qu’on nous en donne…

Comment juges-tu le climat actuel en France ?

Et me parle pas de températures hein… Vraiment inquiétant. Je suis désespérée par le fait que la Gauche de la Gauche ne parvienne pas à fédérer l’électorat déçu du PS (dont je fais partie) et qu’il n’y ait pas un parti fort qui se dégage… Contrairement à l’extrême droite qui elle, a su récupérer un grand nombre d’électeurs en s’attachant à désigner des boucs émissaires. Je pense que la Gauche comme la Droite, au pouvoir depuis 30 ans, ont échoué à résoudre les problèmes d’inégalités de richesses, et maintenant les gens sont tellement dégoutés et fatigués d’être précaires, que soit ils se désintéressent de la politique en arrêtant de voter, soit ils se dirigent vers de partis qui se retourneront contre eux à la première occasion… Franchement, je suis très inquiète pour la suite.

Ton nouveau spectacle, toute en auto-dérision, bache notamment les BBB. Si c’est pas les Black-Blanc-Beur, c’est qui, et qu’est-ce que tu leur reproches ?

Pour moi les BBB, c’est les « Bons Blancs Bobos. » Je ne voulais pas me limiter au terme « bobo » puisque tout le monde traite l’autre de bobo et le terme s’est vidé de son sens. Je voulais un terme plus précis qui induise la blanchité et décrive ceux qui sont toujours persuadées d’être du « bon côté » puisque de gauche, humanistes, et qui trouvent que « la guerre c’est naze » mais sont en fait violents aussi -même s’ils ne s’en rendent pas compte- parce qu’ils reproduisent un racisme structurel, systémique, qui préserve leur domination. Le titre du spectacle Chatons violents, est un oxymore et évoque ces BBB : doux, gentils, altruistes en apparence, mais violents aussi, puisqu’ils se trouvent toujours tellement mieux que les autres…

Mais tout ce que tu me réponds, c’est pour rire ou pas ? Parce que tu es humoriste aussi quoi…

Ah non, je fais des blagues que sur scène. En interview, je suis toujours MEGA REULOU, ah ah !

© Barrere & Simon