Lyrics : Raphäl Yem et Kayz Loum – Photos : Yanis Graine – Eros Sana – Mamad Diawara – Jean Segura – Maxwell Aurélien James 

 

 

Samedi 20 juillet 2019, la 3ème marche pour Adama s’est tenue à Beaumont-Sur-Oise (95).

Le collectif « La Vérité pour Adama » donnait rendez-vous devant la gare de Persan Beaumont, dans le but d’honorer la mémoire du jeune Adama Traoré mort à l’âge de 23 ans sous le poids du corps de trois gendarmes le 19 juillet 2016. Des milliers de personnes avaient fait le déplacement de toute la France, de tous les quartiers.

 

En bus, aussi, affrétés spécialement pour l’occasion, depuis la Gare du Nord de Paris, Montreuil (93) et Ivry (94). C’est justement ce dernier qui a été arrêté à l’entrée de la ville par les forces de l’ordre, pour un contrôle. On nous rapporte que les agents ont menacé la cinquantaine de passagers d’immobiliser le bus plus de 4h (et donc de rater la marche) si la totalité ne se soumettait pas au contrôle, et ce, sur réquisition du Parquet de Pontoise. Motif officiel de l’opération :« rechercher les auteurs » d’« actes de terrorisme », « d’infractions en matière d’armes d’explosifs » ou encore « infractions de vol de recel faits de trafics de stupéfiants ».

Il faudra l’intervention filmée d’Assa Traoré et Youssef Brakni du collectif pour que la tension retombe. D’autant que d’autres escouades tournent déjà autour de la mairie … Ce qui n’a pas empêché « la convergence des luttes contre toutes les violences policières » : des Gilets jaunes ont rejoint le cortège. Mais aussi des syndicalistes, des organisations politiques. Et toujours, des gens du quartier, les proches, des voisin.ne.s, des citoyen.ne.s solidaires, de tous âges, de tous horizons. Les coudes sont serrés, l’émotion est palpable, les slogans résonnent dans cette rue où les rares commerces n’ont pas baissé leur rideau malgré l’événement. Les sourires se figent quand nous nous arrêtons devant la fameuse gendarmerie, à quelques mètres de la gare. Une minute de silence pour les un.e.s, des prières pour les autres. Par l’œil de nos photographes, et par ces témoignages recueillis pendant la manifestation, Fumigène vous raconte la Marche pour Adama III.

 

Reportage : Yanis Graine

 

Aude (Sarcelles) : l’associative de terrain.

Aude est une jeune femme pleine de vie qui a créé l’association « Lève-toi et marche ». En qualité de militante, mais aussi d’éducatrice, elle œuvre pour la jeunesse et lui permet de s’initier à des activités d’ouvertures sociales à travers la culture, le sport, les actions solidaires (maraudes, concerts, théâtre, littérature, tournois sportifs…). Pour la première fois, elle assiste avec beaucoup d’émotions à cette Marche : « C’est un véritable exemple de ténacité de la part d’Assa Traoré et de son entourage qui abattent un travail remarquable et conséquent, pour attirer et sensibiliser de plus en plus de monde autour de cette cause primordiale dans nos sociétés actuelles » ! Aude a été marquée par un moment en particulier, l’arrêt du cortège devant la gendarmerie de Beaumont Sur Oise, partagée entre « la colère, de la tristesse, l’indignation ».

 

Reportage : Eros Sana

 

Thomas (Drôme) : le paysan en lutte.

Thomas, originaire d’un petit village de moins de cent habitants au fin fond de la Drôme en pleine campagne, est venu avec son épouse. Il profite des vacances pour être là. Après avoir lu le livre d’Assa Traoré, ils tenaient à « rencontrer le collectif pour leur témoigner tout leur soutien ». Inscrit dans une lutte paysanne constante, dans des conflits et des problématiques similaires, Thomas se sent très solidaire de ces violences policières, même s’il les vit « de loin ». Ils sont pourtant très émus par « la violence qui ressort de tous les témoignages des familles de victimes tuées par la police ». Son impuissance se caractérise par ses propres mots : « On se dit, en fait mais qu’est ce qu’on peut faire dans ce merdier ?». Il tente d’apporter des réponses à ce cri du cœur en émettant l’idée « d’accueillir ces personnes à la campagne où il y a beaucoup d’espaces afin de souffler un peu » ; il serait ravi de pouvoir aider en ce sens.

 

Reportage : Mamad Diawara

 

Les Gilets jaunes du Val de Marne.

Il y a Joël, Franck, 60 ans tous les deux, Santiago, 57 ans et Cyril, 32 ans. Ces 4 hommes vêtus de leur gilets jaunes sont tous issus du département du Val-de-Marne. Ils ont tout de suite répondu présent à l’appel de Montceau-les-Mines au soutien pour Adama Traoré. Ils condamnent d’une seule et même voix « la violence de cette société » et nourrissent « le sentiment qu’on est véritablement tous concernés ». En tant que Gilets jaunes, ils se sentent également « violentés tous les weekends », alors il est « tout à fait normal pour eux de venir dénoncer toutes ces situations qui touchent la population dans son ensemble avec son aspect intergénérationnel, interculturel, et issus de différents milieux sociaux ». Ils restent persuadés que tout le monde doit se mobiliser dans cette lutte « cruciale pour le fonctionnement de notre société ».« De toute façon, la convergence des luttes, elle est indispensable si on veut se faire entendre. Que l’on soit jeunes (ou moins jeunes) de banlieue, bobos, partis politiques, syndicats, tout le monde est concerné, sans union on n’arrivera à rien »s’écrie l’un d’entre eux.

 

Reportage : Jean Segura

 

Dominique (Saint Ouen L’Aumône) : l’indignée de toutes les causes pour la justice sociale.

C’est la 2ème Marche aux côtés de la famille Traoré pour Dominique, une citoyenne très engagée qui se mobilise pour une société « plus juste ». Sa présence s’explique par son soutien indéfectible à toutes les familles touchées par ces drames, « que ce soit Zineb Redouane, Steve (ndlr : disparu récemment dans la Loire) ou encore Rémi Fraisse ». Pour Dominique, la principale raison de se mobiliser c’est « pour obtenir la justice ». Elle se réfère à la tribune « J’accuse » écrite par Assa Traoré : « tout était dit, rien à ajouter ». Plusieurs moments émouvants ont jonché cette journée si spéciale pour cette militante du quotidien, que ce soient les proches des familles qui se sont exprimés sur scène dans le Parc Boyenval, mais aussi la bonne ambiance qui régnait tout au long du parcours et de la journée. Son sourire, sa bienveillance et sa douceur nous prouvent que la société est bien plus solidaire, bien plus à l’écoute et dans l’entraide que ce que nous pouvons souvent entendre dans les médias en général.

 

Reportage : Maxwell Aurélien James

 

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