Lyrics Assia El Kasmi – Clip Orama Films – Photos Maxwell Aurélien James

Enfant du 20eme arrondissement, Ryaam grandit dans une famille nombreuse originaire du Mali où la musique règne en maître. A la maison, l’ambiance est joyeuse. On passe des sonorités et des chanteurs traditionnels africains au rap et à la New Jack. « Mes parents écoutaient beaucoup de musique africaine: Oumou Sangaré ou Diaby Doua, le Slimane Azem des soninkés! Mes frères et sœurs, c’était beaucoup de Rap us, de la New Jack, un peu de Soul et surtout beaucoup de Rap français. De toutes ces influences-là, celle pour laquelle j’ai chopé le truc, c’est le rap français. » Elle tombe dans le bain du rap vers ses 11/12 ans pour ne plus jamais en sortir.

La rappeuse, déjà très jeune, construit son rapport à l’écriture en le liant à ses expériences personnelles. Elle commence à façonner un style que ne la quittera plus. « J’ai toujours aimé écrire. En primaire, le cours que j’aimais le plus c’était celui d’expression écrite. Comme beaucoup de jeunes filles de mon âge, j’avais un journal intime. Et beaucoup d’autres choses encore, mais toujours dans un rapport personnel.» L’écriture rap arrive un peu plus tard, vers l’âge de 15 ans. Elle gratte et cherche l’inspiration avec deux amis de son quartier. Ses premiers textes, très inspirés des groupes qu’elle écoute tels que La Fonky Family, Lunatic ou la Scred Connexion, sont revendicatifs. Le premier son qu’elle enregistre à 17 ans se fait entre copines dans un délire égotrip : « C’était l’époque de MSN, et grâce à ça j’avais rencontré d’autres rappeuses. C’est avec elles que j’ai vraiment commencé à rapper. Notre premier son, c’était sur une prod de Flynt feat Lyricsson : « Crazy ». On se retrouvait chez une de nous et on posait. On enregistrait avec un micro d’ordi ! Et déjà c’était du collectif ».

En effet, si chez Ryaam, l’écriture est intime, se fait seule et par période, sa vision du rap est collective. En 2007, elle monte avec un ami sonpremier projet, C’est notre heure,une compilation qui réunit des rappeuses de France, d’Espagne, d’Italie et de Belgique. Puis en 2011 et 2014, elle produit deux volumes d’une compilation de featuring, Open Mic #1 & 2,fruits des collaborations entre la rappeuse et divers artistes rap et reggae. Le faire ensemble et le partage sont des notions essentielles de son univers, autant dans ses textes que la scène dans laquelle elle s’ancre. « Le collectif c’est très important pour moi : pouvoir rencontrer les gens, partager des sons, créer des ponts, faire de la musique ensemble et également me nourrir de ce qu’ils font. » Ryaam a également intégré à cette époque le collectif Keskiya composé d’une dizaine de rappeurs et rappeuses de Paris et sa région. « L’idée était d’organiser des concerts ou on jouerait nos répertoires et nos featurings, et de lier ça aux actualités politiques et l’engagement militant. On invitait des collectifs en lutte sur diverses questions : Palestine, violences policières…, à prendre la parole et à intervenir pendant les concerts. »

Du côté de ses projets solo, Ryaam n’est pas en reste. Elle compte à son actif un premier projet sorti en 2008 A l’instinctet un maxi 5 titres Mélomaneen 2012. C’est avec ce dernier qu’elle rode sa présence sur scène en France et en Europe. Elle vient à la scène assez tard, à pas retenu et en prenant le temps de trouver les marques qui lui permettent de livrer un rap tout en pudeur.   « J’avais quelques craintes liées à la scène, le fait de se mettre en avant était assez compliqué pour moi. J’ai fait des ateliers d’écriture à la Maison du Hip-Hop animé par la rappeuse Loréa où on travaillait ça. Et en fait, ma première scène c’était la restitution de l’atelier. Puis j’ai fait pas mal d’open-mics et j’ai beaucoup joué dans le milieu alternatif ce qui m’a permis de bien roder mon set et ma présence sur scène. J’ai beaucoup appris. C’est quelque chose que j’aime beaucoup aujourd’hui. C’est une manière de rendre vivant les textes qu’on écrit, au delà du studio, d’un endroit clos. » Côté style, elle a énormément varié les influences et posé sur des sonorités différentes : du boom-bap, du reggae, de la trap, parfois de la guitare voix comme dans Chacun pour soi. Fin 2018, elle se fait remarquer pour un son grime qu’elle nomme Grime Session. « J’ai découvert le grime il y a une dizaine d’années par la série « Dubplate drama » diffusé sur MTV, c’est un style que j’apprécie pour la fusion des genres musicaux qui la compose, dont j’essaye de l’intégrer davantage dans ma musique. »

Ce qu’elle partage sur scène et plus généralement dans sa musique, c’est avant tout ce qu’elle est. Fille de l’est parisien et de l’immigration malienne, son quartier et ses origines sociales sont particulièrement présents dans son univers. « C’est une part de mon identité. Le 20ème, c’est là où j’ai grandi, là où j’ai commencé à rapper tout simplement. Je m’en sens très proche, c’est présent dans mes textes mais également dans mes clips. Souvent, j’évoque mes origines mais également le milieu d’où je viens. Je suis fille d’immigrés et d’ouvriers, c’est important pour moi d’en parler. Je suis aussi une femme noire. Mais je le mettrai sur le même plan que d’être née dans un milieu défavorisé ou du regard qu’on pose sur les femmes musulmanes. Tout ça fait parti de moi donc j’en parle dans mes textes.»

C’est dans cette même démarche que Ryaam sort aujourd’hui une série de freestyles : parler de son identité à travers une série de portraits rendant hommage à des femmes qui l’ont inspiré « pour leurs déterminations, leurs forces, leurs résiliences ou leurs engagements .» Le premier volet porte sur Kamala Khan, un personnage de comics représentant une jeune héroïne pakistanaise et musulmane vivant dans le New Jersey. La rappeuse nous explique à quelpoint cette icône la touche car« elle est représentée en position de force et positive. Ca participe à la déconstruction des représentations qu’on a des femmes musulmanes. Il n’y a pas non plus de focalisation sur ses pratiques liées à sa culture ou sa confession. C’est agréable. Il y a aussi la question de la double identité, ça fait écho à ma propre histoire et aux questions que j’ai pu me poser à un certain âge. ». Le clip qui accompagne la sortie du freestyle est orchestré par Orama Films et réalisé par Léo Ks, talentueux photographe et réalisateur que nous pouvons retrouver sur les autres productions de la rappeuse.

Ryaam se prépare à reprendre la scène à travers deux dates en France, une à Genève et une à Manchester tout en préparant son prochain projet. « J’ai commencé un EP dont la plupart des productions sont réalisés par le beatmaker Meto. Donc en ce moment, je suis en processus d’écriture et d’enregistrement tout en travaillant les freestyles et les concerts ! »

Une actualité chargée pour la rappeuse dont l’univers inspire dignité et sincérité.

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