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« Le facteur n’est pas passé, lundi, mardi » … ni tous les autres jours de la semaine.

On se souvient de cette charmante comptine qu’on chantait dans les cours d’écoles. Pour les postières et les postiers des Hauts de Seines, en grève depuis le 26 Mars, la réalité est moins tendre.

Mi-Mars, Murielle Pénicaud, l’actuelle ministre du travail, autorise la Poste à licencier un délégué syndical « trop bruyant pour eux » : Gaël Quirante, militant infatigable, représentant syndical à SUD PTT, postier à Levallois Perret. Depuis 2009, il est en attente d’une décision. « On savait son licenciement possible, on n’y croyait pas, encore moins en plein milieu d’un mouvement social qui traverse différents secteurs du pays ».

Cette année-là, accusé d’avoir séquestré un cadre de la Poste, une mobilisation s’était montée autour de sa situation. Sur seize personnes accusées, c’est bien sur la tête de Gaël que tout se joue pour la Poste. Pourtant depuis cette date, l’inspectrice du travail et le rapport de la contre enquête reconnaissent et déclarent qu’il est victime d’un harcèlement syndical ; ce qui explique que les quinze autres ne sont plus inquiétés par cette affaire.

9 ans plus tard, au dernier week end de Mars, Gaël, souriant, confiant, mais en colère, annonce dans un live Facebook vu par plus de 80 .000 personnes, qu’il vient de recevoir le recommandé lui annonçant qu’il pouvait être licencié.

Dès le lundi 26 Mars, environ 150 postier.e.s ne sont pas allé.e.s prendre leur service, pour protester contre cette décision et mettre la pression pour éviter le licenciement.

 

 

Ce début de grève n’a pas freiné la direction de la Poste qui a maintenu son cap et qui a effectivement congédié Gaël Quirante, quelques jours après l’annonce de la Ministre du Travail.

D’un mouvement social à la base lancé pour éviter le licenciement, les grévistes ont spontanément décidé de continuer leur bagarre pour exiger la réintégration de leur représentant syndical.

 

 

Quotidiennement, avant la levée du jour, à l’heure des facteurs et des travailleurs matinaux, plusieurs groupes de grévistes se rendent dans différentes centres de tri, pour sensibiliser les collègues et les mobiliser afin qu’ils rejoignent le mouvement. Les revendications s’élargissent aux conditions de travail qui se dégradent, notamment contre les différentes réorganisations possibles. Chaque bureau peut avoir une organisation différente, mettant en difficulté l’unité dans la lutte entre celles et ceux qui ont déjà subie une réorganisation et celles et ceux qui se battent pour maintenir leurs conditions de travail actuelles.

Systématiquement, plusieurs postier.e.s rejoignent la grève un jour, deux jours, en reconductible … et systématiquement, un ou plusieurs cadres, accompagnés d’un huissier, viennent faire constater la présence des grévistes, et principalement celle de Gaël Quirante sur les centres.

Dès le début du mouvement, la Poste a attaqué Gaël en justice pour qu’il n’ait plus accès aux centres de tri ; des centres interdits aux non salarié.es de la Poste. Malgré son licenciement, la justice déboute la Poste et donne raison au délégué syndical, qui n’avait jamais hésité à se rendre sur les piquets de grève pour prendre la parole.

Invariablement, les grévistes doivent supporter l’arrogance et parfois l’agressivité des cadres, qui tentent de mettre la pression nominativement à celles et ceux qui ont décidé de s’organiser collectivement.

 

Un cadre, au centre d’une prise de parole, tentant en vain d’intimider Gaël et les grévistes.

 

La convergence dans la lutte ?

Les grévistes multiplient d’une part les piquets de grève dans différents centres de tri, ils ont aussi occupé le siège national de la Poste, mais sont également très présent.es dans le mouvement social actuel.

Les étudiant.es mobilisé.es le savent bien car Gaël et ses collègues n’ont pas hésité à les soutenir dans les actions de blocages de partiels universitaires, ou lors des occupations de la faculté de Nanterre ou de Tolbiac. On aura pu les voir aussi aux cotés des salarié.es de la société de transport Geodis.

Alors qu’ils entament leur septième semaine de grève, alors que le service postal est impacté de plus en plus lourdement dans le département, la Direction de la Poste refuse toujours d’écouter les revendications des grévistes. Le face à face continue, les deux cents grévistes ne comptent plus lâcher avant la victoire complète. « On n’est pas allé aussi loin pour s’arrêter maintenant » me confie un gréviste.

Ils tiennent la ligne, coûte que coûte ; et ça coute justement une grève. « Face à nous, on a une direction qui veut nous écraser ! Comment ? Avec des fiches de paies à zéro euro ! Mais si on gagne ça sera un encouragement pour les autres grèves, les autres luttes Pour gagner on a besoin d’un maximum de soutien financier » annonce Xavier, camarade de longue date de Gaël.

Caisse de grève : https://www.lepotcommun.fr/pot/kgmfkl66

Plus d’infos : https://www.facebook.com/nonaulicenciementdegaelquirante/

 

A propos de l'auteur

Nnoman Cadoret
Photographe