Lyrics : Peggy Derder – Photos : Clémentine Bonnet

 

Fumigène mag a marché avec 30 nuances de noir(es) qui se produisait dimanche 6 mai, sous le soleil de Montreuil, à l’occasion du Fraîches women festival. 30 nuances de noir(es) est une parade afroféministe qui propose à tou.te.s ceux et celles qui se trouvent sur son chemin autant un spectacle artistique qu’une démonstration politique. Parés de costumes dorés et argentés scintillant sous le soleil, 20 à 30 personnes défilent, jouent et dansent au son de « Lady » du grand Fela Kuti et autres reprises blues et funk. Et ça marche, dans tous les sens du terme !


Des fans et des curieux attirés par le bouche à oreilles sont au rendez-vous donné à midi devant la mairie de Montreuil ; d’autres, familles, promeneurs du dimanche, habitants du quartier se joignent à la parade et se déhanchent au son des cuivres. Tou-te-s apprécient la musique et les chorégraphies qui se succèdent et saisissent parfaitement le message : rendre enfin visibles, dans l’espace public, les femmes noires, sans exotisation ni fétichisation et ainsi mieux dénoncer les stéréotypes et discriminations dont elles sont toujours la cible. 
C’est précisément ce que souhaite porter Sandra Sainte-Rose, danseuse, chorégraphe et directrice artistique de 30 nuances de noir(es). Elle dénonce sans détours la « misogynoire », désignant ainsi la misogynie visant les femmes noires. 

Elle met ainsi parfaitement en scène la force du collectif dans cette lutte tandis que chaque spectateur-trice est impliqué-e dans son propre rapport au corps et à  l’identité.


30 nuances de noir(es) s’inscrit pleinement dans le mouvement afroféministe actuel, tel qu’il est porté par le collectif Mwasi, la réalisatrice Amandine Gay ou encore récemment les actrices noires dénonçant le racisme dans le milieu du cinéma. Sandra Sainte-Rose préfère à ce propos parler de « rééermergence » tant l’afroféminisme de 2018 s’inscrit dans l’héritage de la lutte des aînées.

La chorégraphe et directrice artistique se réjouit des nombreuses occasions de jouer, qui sont autant de défis pour une jeune compagnie bénévole, composée pour partie d’amateurs. Les spectacles se sont multipliés ces derniers mois : la Goutte d’Or, la Villette, le Palais de la Porte dorée… « Je vise en particulier les institutions tout en restant ouverte aux autres lieux et à la pop culture. Mais c’est dans les institutions en particulier qu’il faut porter cette parole et cette dénonciation.La misogynoire est un sujet qui doit être affronté à bras le corps par les institutions car les normes et les injonctions visant les Françaises noires relèvent aussi de l’Etat ».

30 nuances de noir(es) : un mouvement à suivre en danse et en musique, dans nos rues et dans nos quartiers.

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