Nahim le prof, Carlota et Léïla les B-girls, de Break 2 Mars (pour Marseille). Ensemble, ils viennent de gagner le premier prix de la Battle 2vs2 du Battle Of The Year 2017.

Lyrics : NnoMan – Photos : Jean Segura / NnoMan

Nahïm, c’est le prof, mais les filles parlent de lui comme d’un grand frère. Carlota, 14 ans et Leïla, 18 ans, le connaissent depuis qu’elles ont respectivement 6 et 10 ans.

Pour Leïla, sa rencontre avec le Break s’est faite alors qu’un soir, elle regardait en cachette les danseurs venus pour l’anniversaire de sa grande sœur : « J’ai toujours kiffé mais là j’ai su que je voulais faire cette danse ! » Carlota, elle, elle s’est pointée dans un atelier, pendant la pause cantine dans son école primaire ; Nahim y donnait des cours. Depuis, aucune des deux n’a jamais lâché, s’entrainant plusieurs heures par semaine. Nahim les pousse depuis le début : Break 2 Mars a su s’imposer dans le milieu du B-Boying. Lors de l’édition BOTY 2016, déjà, elles étaient arrivées en finale. Cette année, selon elles, « les planètes se sont alignées » : « Si on devait gagner un battle cette année, c’était le BOTY ! C’est une revanche pour nous … une belle victoire ! »

Comment annoncer à ses parents qu’on veut faire du break, notamment quand on est une fille, dans ce milieu très masculin ?

Carlota faisait du modern Jazz et se souvient que ses parents n’étaient pas trop pour. Son père n’a jamais vraiment aimé qu’elle fasse cette danse, mais ils voient bien qu’elle est animée par la passion. Lors de son premier battle, sa mère a pu découvrir son univers et maintenant elle la suit partout.

Pour Léïla, c’est différent. Ses parents ont immédiatement vu le coté sportif. En plus, leur « entraîneur » connait toute la fratrie, et ça, ça aide… Ses parents et ses frères avaient confiance, ils savaient qu’elle étaient encadré, qu’elle ne trainait pas dehors. « Après les cours, j’allais direct à l’entrainement, c’était rassurant pour eux. Il ne comprennent pas forcément cette culture, mais je sais qu’ils sont fiers ».

Pour Nahim, ce qui est important, c’est la transmission de valeurs : « On a des jeunes de tous les milieux, il y en a qui viennent de quartiers, d’autres qui sont en foyers, d’autres qui vivent dans des belles villas, on a de tout et je vois que la relève est là ». Il est fier quand il voit des parents venir soutenir leurs enfants lors des compétitions : « Quand je vois une mère qui ne connait pas notre univers, vient, prend sa fille sans ses bras et se met à pleurer … c’est qu’elle vient de comprendre ». Pour lui et les filles, c’est indispensable de continuer les études en parallèle de la danse. « Faut garder cet équilibre, on a besoin d’avoir un bagage, une culture … » nous explique Léïla. Nahim la coupe immédiatement : « Si elles arrêtent l’école … elles ne viennent plus en Battle »

Et dans 10 ans, où se voient-elles ?

Léïla elle, se verrait bien devenir prof d’anglais, tout en ayant un nom de plus en plus gros sur la scène internationale du break. « Oui, prof la semaine et danseuse le week end, pourquoi pas ?! »

Pour Carlota, c’est plus flou, mais elle aimerait également avoir un métier en lien avec les langues. Concernant le break, elle espère intégrer un jour une grosse compagnie : « Je garde l’identité d’où je viens, mais ce qui me tente, c’est de continuer dans ma passion et le partage »

On l’a compris donc, nos gagnantes du jour son des compétitrices qui en veulent, mais qui veulent également garder leur ligne de conduite. Celle de la solidarité, de l’échange… Elles veulent absolument continuer d’évoluer dans ce milieu, tout en gardant leurs identités. «  Le but, c’est pas de s’adapter, c’est de garder sa marque ». D’ailleurs, quand Nahim leur demande quelle est la devise de l’équipe, de la famille, elles répondent en chœur : « Prendre des enfants ordinaires et leur faire faire des choses extraordinaires. »

Et la suite ?

Nahïm s’emballe : « On part en Allemagne en Octobre, pour représenter la France au niveau international. Pas besoin d’être blond aux yeux bleus pour ça, on est Français et on va représenter au mieux ».

A propos de l'auteur

Nnoman Cadoret
Photographe