Lyrics : Naïma Amiri feat. Nora Hamadi

Photo : Jean Segura

 

Hamé du groupe la Rumeur est un abstentionniste chronique. Lucide, il analyse la défection des citoyens des quartiers populaires vis à vis du vote, et appelle au sursaut.

 

A 41 ans et trois enfants, on peut croire la colère derrière soi. Pour Hamé, membre du groupe de rap La Rumeur, il n’en est rien :  « Ma réflexion n’est pas une analyse particulière. J’ai 41 ans, je suis auteur, réalisateur et producteur, je suis issu d’un milieu populaire. Je constate qu’hier comme aujourd’hui, l’offre politique ne me correspond pas ».

S’il parle en son nom propre, il représente également un mouvement de fond chez les citoyens des quartiers populaires, majoritairement abstentionnistes. En banlieue, les taux d’abstention dépassent régulièrement les 70% des inscrits. « L’offre politique est inaudible à destination des quartiers et quand elle l’est, c’est plutôt sur le registre punitif, coercitif et sécuritaire ». Celui qui refuse d’être le porte-parole des banlieusards perçoit distinctement un « désaveu de l’offre politique ». Désenchantement vis-à-vis de l’offre politique, perpétuelles trahisons des partis de gouvernement, espoirs et attentes déçus… Les raisons de la colère sont nombreuses et n’en finissent plus de grandir.  “On nous a accoutumés à une gestion, un accompagnement de la misère et de la pauvreté, voire un dressage des pauvres. On pointe souvent l’échec des politiques des quartiers populaires, c’est à se demander si l’échec ne fait pas partie du mode de gestion des quartiers populaires.” ajoute-t-il.

 

Il se souvient combien il avait été pris à parti sur un plateau de télévision lorsqu’il avait affirmé ne pas voter, et de la violence et du mépris des journalistes. Depuis 20 ans, il ne vote pas, il s’est toujours abstenu : « L’absence de débats sérieux, un personnel politique déconnecté de la réalité… Ca ne donne rien, d’élection en élection, voter pour X ou Y revient à souscrire à l’impuissance collective et à la nôtre. Quel que soit le président, ils ont chacun sensiblement la même feuille de route. L’abstentionnisme, ce n’est pas l’affaire d’une génération, ce devrait être un point transversal à tout le personnel politique, c’est une question profonde et révélatrice. Il n’y a qu’aux élections locales que l’on peut constater que certains élus sont en prise directe avec la réalité. »

 

La réalité, celle que vivent les individus au quotidien, celle que ces rappeurs ont essayé de décrire au plus proche du réel éclate dans « Les derniers Parisiens », film co-réalisé par Hamé et Ekoué, sorti en février. Le tableau est viscéralement réaliste, au cœur de Pigalle, quartier qu’ils ont plus que bien connu dans leur jeunesse. Il dépeint cette gentrification galopante subie par les classes populaires, des “autochtones” rejetés par la violence des transformations de leur quotidien, de leur rue, de Paris… Des habitants devenus peu à peu, invisibles…

“On est dans un encerclement social, économique, politique. “The shit is on us”. Il ne tient qu’à nous de créer les conditions de l’émergence d’une force politique. Les citoyens ont de la mémoire. On pourrait énumérer ce qui accable les quartiers populaires, mais ce qui manque, c’est l’émergence d’une force politique qui structure ces colères et cette frustration, qui lui donne des objectifs démocratiques et qui prend les moyens de son indépendance économique et financière et propose une alternative.”

Seule manière de juguler l’abstention et l’invisibilité des quartiers populaires et de ces citoyens.  

 

Hamé, 41 ans, du groupe La Rumeur est un abstentionniste chronique. Il s’explique, en mode punchline.

 

 

 

A propos de l'auteur

Naïma Amiri